Abba, le mauvais goût a du bon

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En 1976, le groupe suédois sort son quatrième album « Arrival ». Le summum du kitsch pour la critique. Plusieurs films et une comédie musicale plus tard, ses chansons sont devenues cultes.


« Muzak ». C’est par ce terme méprisant, désignant des mélodies trop lisses et sucrées, tout juste bonnes à passer dans les fêtes foraines, supermarchés ou ascenseurs, que l’intelligentsia rock des années 1970 qualifiait la musique d’Abba. Bien sûr, le quatuor suédois formé par Benny Andersson, Björn Ulvaeus, Anni-Frid Lyngstad et Agnetha Fältskog avait collectionné les hits depuis 1974 et sa victoire au concours télévisé de l’Eurovision avec la chanson Waterloo. Cela ne rendait pas plus fréquentable un groupe dont les sourires inamovibles, l’affligeante garde-robe et les refrains mainstream incarnaient tout ce qu’un fan de rock était censé détester.

Aussi, quand, en octobre 1976, paraît leur quatrième album, Arrival, faisant comme jamais tournoyer les tubes potentiels (Dancing Queen, Knowing Me, Knowing You, Money Money Money…) avec l’éclat d’une boule à facettes, il semblait logique que ce produit trop commercial pour être honnête fût balayé avec dédain par la critique. « Leur album Arrival est de la muzak dans toute sa splendeur », écrivait ainsi Ken Tucker, du magazine américain Rolling Stone. « En réduisant leurs paroles déjà bien insipides à de totales inepties, Anni-Frid Lyngstad et Agnetha Fältskog sont ainsi libres de déblatérer de leurs voix stridentes, sans se soucier de transmettre une quelconque émotion… » Depuis la seconde moitié des années 1960, difficile en effet de badiner avec une musique pop-rock synonyme d’ambition artistique – voire intellectuelle – et de clivage générationnel.

Loin de personnifier le pouvoir subversif d’une contre-culture, Abba en incarnait plutôt l’antithèse en artisans appliqués des studios, apparemment plus concernés par leur compte en banque que par leur vérité intérieure. Parfaitement managés par leur producteur, Stig Anderson, les quatre Suédois n’investissaient-ils pas dans des usines d’emballage, des chaînes de restaurants et même une compagnie pétrolière ? Alors que la coolitude rock prônait encore le dérèglement des sens, l’œcuménisme familial d’Abba n’était perturbé par aucun excès.

Sans doute parce que les mariages de Benny Andersson et Anni-Frid Lyngstad et de Björn Ulvaeus et Agnetha Fältskog avaient été à l’origine même de la formation du groupe. « Etre en couple rendait la vie plus tranquille, reconnaissait Björn Ulvaeus. Pas de drogue, pas de groupies. Rien de tout ça. » Leurs choix vestimentaires n’aidaient pas non plus à leur crédibilité, comme en témoigne l’incroyable collection de costumes à paillettes et robes d’opérette, désormais réunie dans le Musée Abba qui s’est ouvert à Stockholm, en 2013. « Aucune pop star n’a surpassé notre mauvais goût », assume aujourd’hui Ulvaeus avec autodérision.

Voir aussi (portfolio) : Abba fait son entrée au musée

Pour beaucoup, ces dérives kitsch résonnaient aussi dans des chansons qui, si elles devaient énormément aux Beatles, s’étaient également nourries de folk suédois, de ballades italiennes, de chanson française et de schlager allemand, expliquant un goût pour la joliesse sentimentale et les flonflons. Pas étonnant qu’en 1976, dans Arrival, ces amateurs de rythmes de manèges s’adaptent aussi bien à la vogue du disco, genre alors honni par les rockeurs de « bon goût ». C’est d’ailleurs quand la vogue disco arrive en fin de cycle, à l’orée des années 1980, que le groupe décline, pour finalement se séparer, en 1982, après le divorce des deux couples et un dernier album, The Visitors, plus sombre et beaucoup moins populaire qu’à l’accoutumée.

Benny, Björn, Anni-Frid et Agnetha pensent avoir fait leur temps. Pourtant, il ne faudra même pas attendre la fin des années 1980 pour assister à un revival Abba, qui s’accompagnera d’une réévaluation critique du groupe. Une vague s’abat d’abord sur l’Australie, le pays où le quatuor avait connu ses plus grands triomphes, quand un tribute band du nom de Björn Again multiplie les concerts hommages à partir de 1989. Dans la foulée, Erasure, groupe anglais de synth-pop créé par Vince Clarke, l’un des fondateurs de Depeche Mode, publie ABBA-Esque (1992), un EP comprenant quatre reprises des Suédois, qui triomphe dans toute l’Europe. D’Australie viennent d’autres signes d’affection avec deux films indépendants, sortis en 1994, Muriel et Priscilla, folle du désert, dont les bandes originales, construites autour des chansons d’Abba, révèlent aussi leur statut d’icône auprès de jeunes filles ou de drag-queens s’identifiant aux dancing queens d’Arrival.

Cet engouement va de pair avec d’autres coming out. Les plaisirs coupables d’hier ne le sont plus aujourd’hui. Musicien et producteur admiré par l’élite, Brian Eno confiait, en 2010, au journaliste Paul Morley : « Dans les années 1970, personne n’aurait admis aimer Abba. J’aime Abba. Je les aimais avant, mais je ne l’admettais pas. Le snobisme de l’époque ne le permettait pas. Mais à un moment, je n’ai plus pu cacher, par exemple, mon admiration pour Fernando. »

Bande-annonce : « Mamma Mia »

Souvent synonymes de jubilation, les morceaux d’Abba doivent aussi leur succès
à un sens profond de la mélancolie. Benny Andersson y voyait l’expression d’un blues suédois, « celui d’une Scandinavie avec cinq mois de neige par an, où le soleil disparaît pendant deux mois ». Grand fan du groupe, Bono, le chanteur de U2, avait souligné la profondeur émotionnelle d’une chanson comme Dancing Queen ; et les Irlandais en donneront une version intense, dès 1992, invitant même Benny et Björn sur scène pour l’interpréter avec eux.

Libérée des œillères idéologiques du rock des seventies, une nouvelle génération
pop et électro (de The Divine Comedy à Daft Punk) réévalue le travail d’orfèvre de mélodistes hors pair et de producteurs perfectionnistes. Fête, légèreté, humour ne sont plus des gros mots. Apothéose et autre moteur de ce retour en grâce, une comédie musicale, Mamma Mia !, écrite par la dramaturge britannique Catherine Johnson autour des chansons d’Abba, a été vue par plus de 60 millions de spectateurs, traduite en 21 langues et interprétée dans 40 pays depuis sa première, à Londres, le 6 avril 1999. Adaptée en film, en 2008, avec Meryl Streep, elle est aussi devenue, avec plus de 600 millions de dollars de recettes, une des comédies musicales les plus rentables de l’histoire du cinéma.

Lire aussi : « Mamma Mia ! » : les meilleurs morceaux d’Abba à la mode paillettes

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